samedi 11 octobre 2008

Élections fédérales 2008 - Contenant et contenu

Avez-vous suivi le débat des chefs (en français) ? C'était un des moments cruciaux pour les chefs des partis fédéraux de se positionner, de bien communiquer leurs messages à la population et de faire, qui sait, pencher la balance des indécis dans leur camp. Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire en relations publiques et communication marketing de l'UQAM, avait ciblé, dans un article, 3 facteurs importants à ne pas négliger pour réussir ce débat : l'écoute, la sincérité et l'intelligence.

L'écoute - Pendant que les chefs le questionnaient à propos de plusieurs points chauds relevés par la population québécoise (environnement, culture, guerre, crise économique), Stephen Harper a semblé arrogant avec son regard en biais (rarement dans les yeux de ses adversaires) et son petit sourire narquois. C'était le moment pou lui de se faire rassurant et à l'écoute des Canadiens. Son calme légendaire durant tout le débat devait le faire paraître comme un PM en contrôle de ses dossiers et confiant. Il a plutôt eu l'air d'un mari blasé qui écoute la télévision et répond en grognant à sa femme qui tente de lui parler de l'éducation des enfants : un Harper bucké, coupé au dialogue et complètement désintéressé par les préoccupations majeures de la population.

La sincérité - Motulsky explique dans l'article que la sincérité est intimement liée à la confiance que l'on accorde à un candidat. Pour avoir confiance en quelqu'un, on doit sentir qu'il nous ressemble, qu'il nous comprend. Dion se devait justement d'opter pour un ton plus près des gens (sans être populiste comme Dumont tout de même) pour s'éloigner de son côté intello / professeur. Je crois que c'est lui qui a le plus surpris durant le débat. Il en était même drôle a tenté de se faire "agressif" dans ses propos. J'ai trouvé Dion maladroit (il m'a toujours l'air d'un gringalet timide), mais tout de même pertinent dans ses remarques. Il a bien présenté les lignes de son parti, que l'on soit en accord avec celles-ci ou pas. Quant à Gille Duceppe, il a été fidèle à lui-même durant le débat : incisif et bien préparé. Motulsky avait toutefois noté qu'il devait faire attention, de par sa longue expérience des débats, à "son côté un peu roublard". Certains trouvent qu'il a trop tombé dans une campagne de peur, d'autres, qu'il a bien brassé la cage de ses adversaires.

L'intelligence - Le défi pour Jack Layton et Elizabeth May étaient de prouver au public qu'ils sont aptes à gouverner. Ils se devaient de bien expliquer leur plate-forme électorale tout en démontrant leur "carrure de premier ministre" : chose qui n'a pas été bien réussie. Je crois que Layton a démontré plus de vigueur lors du débat anglais, mais malheureusement je n'ai pu le voir à l'œuvre. Parenthèse : il paraît tout de même qu'on a toujours l'air plus sympathique lorsqu'on ne parle pas sa langue première à la télévision. Fait qui avait expliqué pourquoi Karla Homolka, à sa sortie de prison, avait décidé de donner sa 1re entrevue en français à TLMP alors qu'elle est anglophone...

La performance des politiciens au débat a été déjà largement analysée par les journalistes tout autant l'image qu'ils ont laissée dans la tête des électeurs. Cette fameuse image qui serait fabriquée de toutes pièces par des "faiseurs d'images". Je tiens à souligner au passage que les professionnels en relations publiques ne fabriquent l'image des politiciens. Il prodigue trucs et conseils pour que ceux-ci soient de meilleurs communicateurs afin que leurs messages soient mieux entendus et compris du public. Un peu comme une femme qui conseille son mari pour une entrevue : elle lui suggère d'être intègre, confiant, de bien vendre ses qualités, ses connaissances et son expérience pour le poste tout en démontrant de l'ouverture, de l'écoute et de l'entregent. Si l'homme est compétent, il sera engagé. S'il n'est pas fait pour le poste, même s'il s'est bien vendu avec tous les conseils de sa femme, on choisira quelqu'un d'autre. Il aura au moins mis toutes les chances de son côté.

**************************

Pour poursuivre la réflexion : Billet de Michel C. Auger

Pour réagir à propos du débat : Échange initié par Bernard Motulsky

Pour rire un peu : Portraits de nos politiciens fédéraux selon National Geographigne

2 commentaires:

Jordan Chénard a dit…

Très bon billet Sophie. J'aime beaucoup.

Et ta conclusion est extrêmement importante aussi. Il est plus facile pour le commun des mortels de croire que les politiciens sont les marionnettes de gens plus brillant qu'eux... Ils ont des spécialistes qui gèrent certaines décisions, oui en effet. Ils ont des conseillés en image, c'est vrai aussi. Mais comme c'est précisé ici, ils doivent être pro dans leur façon d'être, de communiqué et doivent avoir une grande intelligence pour mettre en pratique ces conseils et les gérer LIVE à la télé ou devant la presse.

C'est comme moi qui est en pub et marketing qui entend les commentaires de gens croyant que nous créons des besoins. Il est faux de croire que c'est ainsi. S'il n'y a ni marché ni demande, il n'y a pas de vente. La force du marketing est de s'implanter dans un crénaux du marché non exploité. Donc il n'y a pas de création de besoin, il n'y que de bon crénaux ouvert par le public. :P

Mais c'est plus rassurant d'imaginer nos politicien en victimes de leur conseillés plutôt qu'en hommes très intelligent et les gens se consolent en croyant qu'ils sont victimes de la pub au lieu de faire l'effort d'écouter leur vrai besoin.

ah là là là!! :P

P.S. Je crois qu'on a une connaissance commune que j'ai découvert par hasard. Une certaine amie nommée Karine Théberge. On se connait puis quelques années elle et moi puis en discutant dernièrement j'ai appris que vous vous connaissiez. Je me trompe?

Sophie Labelle a dit…

Merci pour le commentaire, c'est toujours un plaisir d'avoir ton avis sur la question.

Il est vrai que le domaine de la publicité est diabolisé par le grand public, tout comme les relations publiques que l'on perçoit comme des stratégies "faites en douce" dans le but de masquer ou de truquer la vérité - rien de plus faux. Il existe un code d'éthique pour tous les professionnels en RP, tout comme pour les journalistes. Rigueur, vérité et transparence sont nos mots d'ordre. Bien sûr, comme dans tous les domaines,il existe des gens qui font honte au métier, mais ça, c'est une autre histoire.

Ça me fait penser aussi à tous les conseils que je donne à ma dg lorsqu'elle a des entrevues avec les médias ou lorsqu'elle doit prononcer une allocution. Elle ne pourrait jamais être aussi crédible et passionnée dans ses propos, même avec mes conseils, si elle n'était pas fondamentalement une femme authentique qui croit en ce qu,elle fait et défend. Les gens ne sont pas dupes, ils se rendent compte quand ça sonne faux.

Dans un autre ordre d'idée, oui je connais Karine Théberge ! Je vais la voir demain d'ailleurs dans une des activités de notre association. "Ataboy" que le monde est petit :o)