mardi 6 octobre 2009

L'agence et son client : l'art du compromis

Je suis une idéaliste, une revendicatrice dans l'âme. Née dans une autre génération, j'aurais sans doute été syndicaliste comme mon père ! Prête à défendre la veuve et l'orphelin, telle une journaliste en quête de vérité. Une fille de principe, sans appel, sans équivoque.

Plus jeune, j'avais des opinions plutôt tranchées; mes propos avaient l'avantage d'être clairs ! Puis j'ai découvert la négociation, l'art du compromis. J'ai souvent joué les abrites avec mes amies, écoutant l'une puis convainquant l'autre de faire la paix. J'ai depuis fait réellement mienne cette façon de fonctionner : je fais un pas en avant si tu avances vers moi toi aussi.

Je dois dire qu'en agence, j'expérimente ce mantra tous les jours. Avec mes collègues oui, mais surtout avec mes clients. Souvent, on prépare des heures durant une proposition pour une client pour apprendre en fin de compte que la moitié des recommandations ont été retenues. Que fait-on ? On se retire complètement du projet ou un trouve un terrain d'entente ?

Beaucoup pense que les agences font des compromis que pour l'argent. Peu importe le mandat, on va le faire, on veut être payer. Je ne pense pas. Je pense que les bonnes agences savent faire des compromis, car c'est comme ça que l'on gagne la confiance des clients. C'est lorsque chacun fait son bout de chemin qu'on se parle sans se choquer, qu'on travaille en équipe, qu'on évolue ensemble, petits pas par petits pas. Il y a des moments où l'on doit perdre une petite bataille pour gagner de grandes victoires.

Que fait-on lorsqu'on conseille un client et qu'il refuse de nous écouter ? On l'écoute, on trouve ce qui l'inquiète, on le rassure, on lui explique autrement. Il a sans doute raison de réagir ainsi. Et nous avons raison aussi de notre côté probablement. En fait, nous avons tous les deux en partie raison. Trouvons donc ce qui nous rassemble au lieu de mettre l'accent sur ce qui nous sépare. Que de sages paroles ! Ça demeure un défi quotidien, pour les juniors comme pour les professionnels aguerris, je n'en doute point.

Je ne me souviens pas avoir déjà convaincue quelqu'un de changer d'idée et d'opter pour la mienne en demeurant ferme. La fermeté peut amener quelqu'un à agir comme on le veut, mais s'il le fait que parce qu'il est intimidé, le changement ne se fera pas en profondeur. L'agence doit être là pour accompagner son client, le soutenir dans son cheminement, lui ouvrir des portes qu'il ne croyait pouvoir atteindre. Et si le mandat n'est pas tout à fait ce qu'il devrait être ? Ni ce que nous aurions aimé ? On se concentre sur ce que l'on peut accomplir ensemble, même s ce n'est pas parfait.

Des compromis parce que chaque client a son rythme, sa culture, son passé. Souvent des évidences pour nous constituent de réelles révélations pour d'autres ! J'apprends à être plus subtiles dans mes approches, plus stratégiques dans mes conseils, plus nuancées dans mes opinions, car ce n'est pas à coups de massues que l'on fait passer ses idées.

Mais... où ne doit-on faire aucun compromis ?

6 commentaires:

Dilbert450 a dit…

Sophie, excellent billet. Je travaille en consultation depuis bientôt 10 ans et l'équilibre que tu décrits est très difficile à atteindre. On ne veut pas s'auto-censurer et se faire dire plus tard "T'aurais dû me le dire" par son client. Un collègue m'avait dit avec humour par le passé : "Le rôle du consultant, c'est de dire à son client s'il s'en va droit dans le mur. Par contre, si le client décide d'aller dans le mur, tu ne peux rien y faire."

Le truc, c'est de revenir aux objectifs du mandat. On en discute beaucoup au début, mais en cours de route, consultant et client perdent souvent leurs repères et prennent des micro-décisions qui vont à l'encontre de l'objectif initial. Le rôle du conseiller, malgré le temps qui manque parfois, c'est de prendre un temps d'arrêt avec son client et de se dire "Est-ce qu'on est toujours sur la bonne voie?" Souvent, c'est ma façon de désamorcer des conflits et de ramener mon client "en mode écoute".

Louis-Philippe Péloquin
delaplumedepelo.blogspot.com

Patrice Leroux a dit…
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Patrice Leroux a dit…

C'est à peu de choses près ce que me disait Aurélie Alaume à propos du travail et des idées proposées, par rapport à ce que le client finit par prendre ou accepter. C'est ça la vie...en agence. J'aime beaucoup le conseil de L-P Péloquin : revenir à l'esssentiel...

Sophie Labelle a dit…

@Dilbert450 @Patrice Leroux :

Merci pour vos commentaires. C'est rigolo, car j'avais voulu citer le billet d'Aurélie au sujet des pitch en agence et des choix du clients, mais je n'ai pas retrouvé son billet.

Les agences, les consultants, mais aussi tout employé peut avoir à faire face à ce genre de situation vis-à-vis son supérieur en entreprise. Il faut savoir demeurer flexible et travailler un aspect à la fois.

J a dit…
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Aurélie Alaume a dit…

Avec un peu de retard, je lis les commentaires de ce billet...très vrai à mes yeux !
Je vous mets le lien vers mon billet "savoir lâcher prise" je pense que c'est celui-là dont vous parliez

http://www.aureliealaume.com/2009/08/savoir-lacher-prise/

Vous avez bien raison, tant que l'essence..essentielle est gardée, ça va!