dimanche 22 mars 2009

Défendre l'indéfendable en relations publiques

Samedi le 14 mars dernier lors du colloque Parle parle jase jase, j'ai pu entendre en fin de journée la conférence de l'ex-animateur vedette de TQS (maintenant blogueur à LCN), Jean-Luc Mongrain. Dire que le personnage était destiné à devenir curé ! Enfin, en bon performer qu'il est, Mongrain a offert tout un show aux 300 jeunes relationnistes dans la salle. Le conseil qu'il nous a le plus répété ? Ne jamais défendre l'indéfendable. Que dans notre métier, malheureusement, plusieurs de nos présidents nous prendraient comme bouclier humain devant les journalistes, devant le public.

Mais qu'est-ce que l'indéfendable ?

Il y a évidemment des clients, des patrons, des entreprises, des causes qui attirent davantage de sympathie de la part du public et des médias. Mais il y a aussi des organisations qui suscitent moins d'admiration comme les pétrolières ou les industries du tabac par exemple. Toutefois, ces entreprises existent parce qu'elles comblent un besoin (aussi mauvais soit-il) et elles ont droit à une voix. Elles ont droit de faire entendre leurs points de vue et même de montrer leurs bons côtés sans être hypocrites ! Si chaque individu a une part d'ombre et de lumière, pourquoi pas les entreprises ?

Aussi, aucun professionnel en RP ne souhaite se retrouver à défendre son entreprise pour un cas de fraude, de négligence qui a causé la mort d'un employé, de vol, name it. En pareil cas, le relationniste a son rôle à jouer. Gérer les questions des journalistes, rétablir les faits s'ils sont erronés (et dieu sait que lorsque tout le monde s'emballe, on joue au téléphone arabe). Le professionnel en RP doit aussi conseiller les dirigeants sur les moyens de communiquer avec tous ceux qui sont touchés par la crise. Ligne d'urgence, points de presse, messages aux employés, publicité, etc. Vous vous rappelez de Maple Leaf et de la crise de la listériose cet été (je l'ai commentée ici) ? Est-ce qu'il faut condamner en bloc l'entreprise ? Oui, l'entreprise a des torts, mais il y a aussi des centaines, voir des milliers d'employés qui font bien leur job. Je simplifie, mais il y a toujours à mon avis deux côtés à la médaille.

Traitez-moi de naïve, d'éternelle optimiste ou d'idéaliste, mais je ne crois pas que les relationnistes soient de la simple chair à canon. Il y aura toujours des cas plus graves à gérer. Eh oui, il y aura toujours des clients / patrons qui n'auront pas de bons réflexes de communications, qui devront être davantage sensibilisés à l'importance d'être transparents et ouverts au dialogue. Le conseil donc à tous les relationnistes : demeurez authentiques, utilisez votre jugement et faites-vous confiance.

7 commentaires:

etiennechabot a dit…

En cas de crise majeure au sein d'une entreprise, je pense que l'usage d'un(e) relationniste (J'hais ce terme! Ca sonne tellement "old School") est quasiment inévitable.
Mais, dans un contexte ou le public est en quête d'authenticité et que les technologies sont là pour parler/diffuser à des larges publics, quelle est/sera l'utilité des relationistes dans ce nouveau contexte? Les entreprises ne sont pas en crise à chaque mois...

Sophie Labelle a dit…

J'utilise "relationniste" car je trouve que ça devient long toujours écrire "professionnel en RP" et pour diversifier un peu. Chose dites, les relationnistes ne servent pas que lors de crise! En fait, leur travail est de communiquer avec tous les publics de l'entreprise (employés, actionnaires, médias, grand public, fournisseurs, etc.) afin de les tenir informer, de prendre leur poul sur des sujets, de dialoguer, etc. S'il y a un bon échange entre la direction et les gens gravitant autour de l'entreprise, les crises sont de beaucoup prévenues. Les blogues et les médias sociaux sont de nouveaux outils formidables pour entretenir une communication bidirectionnelle avec nos publics.

Anonyme a dit…

Effectivement, les professionnels en communication ont leur place dans le quotidien des organisations pour (en plus de tout ce que Sophie a mentionné)s'assurer que la mission et la vision de l'org. soient bien comprises de toutes les parties prenantes. Les gestionnaires doivent se concentrer sur leurs décisions de gestion, et les communicateurs sur les meilleures stratégies de diffusion. Nous devons aussi, en tant que prof. des RP, s'assurer de maintenir des liens serrés avec plusieurs partenaires de l'entreprise (médias inclus). On ne communique pas seulement en temps de crise, ce serait une grave erreur ! Et c'est une question de respect !

Judith Goudreau a dit…

En passant Sophie,
L'anonyme c'est moi !!!

Gaël a dit…

Aïe aïe...
En tant que français, où les relations publiques sont sur-utilisées par notre gouvernement pour faire passer la pilule, je ne peux que rester sceptique.
Bien sûr, le "relationniste", comme vous dites, a son rôle à jouer en tant de crise comme le reste du temps.

Mais il me semble qu'on passe trop vite ici sur un élément pourtant crucial : l'éthique.
Et lorsque la crise, comme c'est le cas chez nous, n'existe comme moyen de justifier des licenciements et autres délocalisations d'usine, quel peut être l'attitude du RP ?
Faire de la pédagogie, expliquer aux ouvriers pourquoi, pour le bien-être des actionnaires il est nécessaire de briser leur vie, à eux ?
Ou bien adopter une attitude citoyenne et critique ?

Je laisse la réflexion aux mains des spécialistes, mais personnellement j'ai fait mon choix.

Jordan Chénard a dit…

Je crois que M. Mongrain ne disait pas «officiellement» de ne jamais défendre l'indéfendable car oui, en effet, il y a du bon partout qui mérite que l'on se batte pour ça.

Mais, à mon souvenir, M. Mongrain conseillais de ne jamais piler sur nos valeurs.

Il disait qu'il faut toujours se rappeller que c'est un monde professionnel et que nous sommes jetable tous autant que nous sommes. Dure réalité mais c'est le cas.

Se respecter soi-même avant tout. Voilà mon souvenir du discour de M. Mongrain.

Et là-dessus, je ne suis pas inquiet pour toi. ;) héhé

Sophie Labelle a dit…

@Gaelle

Au Québec aussi il y a eu et aura encore sans doute plusieurs licenciements dues à la crise économiques (ou autres facteurs). Les entreprises préfèrent les bonnes nouvelles, mais elles passent également de mauvais moments. Je ne crois pas que les entreprises vivent une partie de plaisir lorsqu'il y a des licenciements de masse. Dans ce cas-ci, c'est le rôle des ressources humaines de s'assurer de prendre le pouls des employés, de leur garantir un montant de départ, une formation pour les aider à se trouver un autre boulot, etc. Les RP s'assurent que toutes les personnes concernées par ce bouleversements difficiles seront bien informés. Il existera toujours des patrons ou des actionnaires sans regret, mais il y en aura toujours aussi parmi le groupe des gens de coeur qui se battent pour que l'entreprise prenne du mieux. Je crois que c'est à ça que s'accroche un professionnel de RP : voir l'entreprise dans son ensemble et non seulement focuser sur une personne ou un moment précis. Ce n'est effectivement pas toujours facile.

Je suis d'accord avec toi Judith quand tu dis que "Les gestionnaires doivent se concentrer sur leurs décisions de gestion, et les communicateurs sur les meilleures stratégies de diffusion."